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Documentaire “Entre toi et moi, l’empathie” de Valéria Lumbroso

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L’empathie est une ressource humaine que je considère comme essentielle. Selon mon point de vue, elle est aussi très active dans le phénomène de l’intuition. Je me suis donc fait plaisir en regardant le documentaire réalisé par Valéria Lumbroso “Entre toi et moi, l’empathie”. Il est sorti en 2019, et est produit par Ammo Contents, Flair Productions et France Télévisions.

En voici la chronique.

1. Le fil qui nous relie :

Le documentaire commence avec le film d’un funambule qui marche sur un fil, offrant un spectacle à la fois fascinant et terrifiant pour les personnes y assistant… Il semble au contraire de la photo ci-contre, que le funambule visionné dans le documentaire marche sur son fil sans aucune sécurité. Je confirme que la simple vue de ces images m’a donné des frissons de peur et d’émerveillement dans tout le corps…

Il est ici aussi question de l’image du fil qui nous relie tous les uns les autres en tant qu’êtres humains. L’empathie serait ce fil.

En effet on apprend que c’est dans la relation à l’autre que l’empathie se construit, elle commencerait même dès notre présence dans le ventre de notre mère.

On peut la définir comme étant “ressentir ce que l’autre ressent tout en  restant soi-même”.

Mais cette qualité est-elle propre à l’humain, ou la partageons-nous avec les animaux ?

 

2. Des mammifères doués d’empathie :

Selon Michael Tommasello, directeur du département de psychologie comparative et développementale de L’institut Max Planck de Leipzig, tous les mammifères sont doués d’empathie.

L’empathie est liée à la parentalité.

Des expériences sont en effet menées pour observer les comportements des grands singes, très semblables aux nôtres. Tout comme les petits d’humains, ils naissent inachevés et ont besoin de soins et de l’affection maternelle pour se développer normalement. Eux aussi, se disputent, puis se réconcilient. Ils se toilettent les uns les autres, une de leurs activités préférées, forme de rapprochement leur permettant de se témoigner de l’affection (notamment après une dispute).

Dès 9 mois, l’enfant pointe spontanément du doigt les objets ou les personnes. C’est un réel progrès dans sa communication avec autrui. Et c’est une particularité propre à l’humain. En effet les petits des grands singes ne le font pas.

Entre 9 et 11 mois, les petits d’humains font donc un pas vers l’autre de cette façon, partageant avec leur entourage leur intérêt pour telle ou telle chose ou personne.

Les primates, eux, jouent seuls. Et comme il est dit dans le documentaire : ” partager un intérêt pour le plaisir du partage est particulier à l’être humain ».

En effet cette demande de partage peut être considérée comme le début de l’empathie chez l’humain. Le plaisir du partage est proprement humain. Les grands-singes n’en témoignent pas lors des expériences menées. Ils ne sont pas concernés par ce que fait l’autre. Il n’y a pas d’attention dite conjointe.

C’est vers 2 ans que l’enfant prend conscience de lui, et accède donc à la conscience des autres.

Pour que l’empathie se construise, il faut pouvoir comprendre ou deviner ce que l’autre ressent.

 

3. Les différentes dimensions de l’empathie :

Selon les neuro-scientifiques, l’empathie a 3 dimensions :

  • l’empathie émotionnelle : être capable de comprendre les émotions des autres,
  • l’empathie cognitive : la capacité de comprendre pourquoi telle personne a telle ou telle émotion ou comportement,
  • le changement de perspective émotionnelle : être capable de se mettre à la place de quelqu’un d’autre, le “à ta place je ressentirais aussi cela”, comme il est justement dit dans le documentaire.

Normalement, ces capacités se développent dans les premières années de la vie. En tout cas chez l’humain.

Qu’en est-il des singes ?

Des expériences menées prouvent que les chimpanzés peuvent imaginer ce qu’un autre sait ou pas. Ils peuvent en déduire des conséquences, ils ont donc une forme d’empathie cognitive.

L’enfant, lui, dès 18 mois, offre spontanément son aide lorsqu’il constate que quelqu’un en a besoin. Il se réjouit aussi lorsque cette même personne dans le besoin obtient une aide extérieure. Sa satisfaction n’est donc pas uniquement personnelle mais bien sincère de savoir qu’autrui a trouvé une assistance extérieure (expérience à l’appui).

D’après Robert Hepach, de l’Université de Leipzig, les enfants se préoccupent sincèrement du bien-être de l’autre.

On sait aussi, toujours expérience à l’appui, qu’un chimpanzé élevé par une mère humaine aide les autres. Qu’en est-il de ceux qui s’élèvent entre eux ?

Les chimpanzés s’entraident aussi, mais uniquement dans certaines conditions. Tous les grands singes sont doués d’empathie. Ils sont capables d’anticiper et d’imaginer les comportements de l’autre, ainsi que ses besoins.

Tous les mammifères ont cette capacité, y compris les rats. Toujours lors d’expériences menées, ces derniers eurent des réactions surprenantes face à un congénère stressé auquel ils apportèrent de l’aide afin de le soulager de son stress. Il semblerait dans le cas présent qu’il s’agisse de contagion émotionnelle, forme relativement primitive de l’empathie, mais empathie tout de même.

4. Les neurones miroir, voie d’explication de l’empathie ?

Au début des années 90, des chercheurs de l’Université de Parme ont découvert par hasard que certains neurones s’activent d’une façon surprenante, lorsqu’on accomplit soi-même une action ou lorsqu’on est simplement spectateur de quelqu’un d’autre. Ce sont les neurones miroir.

On sait que le terme “empathie” vient du grec “empatheia”, signifiant “ressentir de l’intérieur” ou “éprouver dans l’autre”. C’est Robert Vischer, avec le terme “einfühlung”, qui fut à la naissance de cette notion. Il tentait en effet d’expliquer l’expérience esthétique que nous faisons en observant une oeuvre d’art. D’après lui, cela serait par mimétisme, et en fonction des mouvements des personnages d’une oeuvre d’art que l’émotion se transmettrait.

Une nouvelle expérience est menée en faisant observer à des gens, des oeuvres de l’artiste Lucio Fontana. Des entailles sur des toiles. Ainsi que des fausses entailles réalisées sur ordinateur. Elle tend à prouver que toutes les personnes ayant regardé les images des toiles de Fontana, ont activé dans leur cerveau la représentation motrice de la main effectuant l’entaille. Le système moteur du cerveau simule carrément le geste utilisé par l’artiste pour fendre la toile ! Cela démontre donc qu’en observant ces oeuvres, on entre dans une relation inter-subjective avec l’artiste, sans qu’il soit présent. Les images générées par ordinateur, de la main de l’homme, ne produirent pas de réactions similaires.

On en déduit donc que c’est par le geste que l’action et l’émotion de l’artiste se transmettent. Il est ensuite fait référence au travail de Jackson Pollock et ses “drippings”, ainsi qu’à “l’action painting” de Franz Kline qui permettent l’exploration d’un processus similaire.

Le corps est donc le vecteur qu’on retrouve quoi qu’il arrive. il y a une relation au corps. C’est par lui qu’on entre en relation avec le geste de l’auteur, de l’artiste, qu’on observe une image ou une sculpture.

C’est exactement le même procédé qui se met en oeuvre lorsqu’on observe le funambule sur son fil. A sa vue, c’est un peu aussi comme si nous étions sur le fil à sa place. On entre donc en relation avec le funambule. On participe à ses émotions, mais pas seulement puisque le système moteur de notre cerveau entre aussi en action.

Il est intéressant de se demander si on a peur avec le funambule ou pour le funambule… Est-ce de la contagion émotionnelle ? De la sympathie ? Parce que la notion d’empathie signifie qu’on a peur pour lui.

4. Sympathie ? Empathie ? Et neurones miroir !

A Poitiers, Bérangère Thirioux, Docteur en neurosciences, mène une expérience intéressante. Que se passe-t’il lorsqu’on est en empathie ou en sympathie avec une funambule virtuelle ?

La personne témoin a reçu comme consigne de faire les mêmes mouvements que la funambule virtuelle. Et spontanément, elle se penche à chaque fois du même côté que la funambule virtuelle lorsque celle-ci est face à elle. On peut donc dire qu’elle est en sympathie avec elle. La sympathie est une tendance à s’attribuer ce qui est à autrui et à devenir comme l’autre. C’est le cas de 50 % des personnes testées.

L’empathie conserve une notion de différenciation et la capacité à maintenir une distance entre la personne observatrice et l’observée.

Grâce à cette expérience, Bérangère Thirioux montre que le réseau de neurones miroir est activé dans le phénomène de la sympathie ou de contagion émotionnelle. Par contre, il s’inhibe dès qu’on passe à l’empathie. C’est un autre réseau qui s’active : celui de la mentalisation. Il permet d’imaginer ce qu’un autre ressent sans se laisser envahir par ses propres émotions.

5. Des obstacles à l’apprentissage naturel de l’empathie :

La carence affective, ainsi que certaines maladies telles que la schizophrénie, l’autisme ou la dépression empêchent les personnes d’entrer en empathie.

Par exemple, les enfants des rues, très carencés affectivement et ayant souvent connus de nombreux traumatismes ont de gros problèmes d’empathie. Ils n’ont pas appris à reconnaître les émotions sur le visage d’autrui.

Une expérience est menée à Freetown, en Sierra Leone, sur des jeunes hommes mineurs et délinquants, tous abandonnés par leur famille avant l’âge de 5 ans. On leur a fait voir des images de visages ayant des expressions des émotions suivantes : tristesse, peur, colère et joie.

Ils sont absolument incapables de différencier les émotions négatives les unes des autres. Tristesse, peur et colère sont toutes assimilées comme étant de la colère. Cette réponse venant logiquement d’un apprentissage propre à leur vécu de la rue dès leur plus jeune âge. Leurs visages restaient apparemment impassibles, figés. Les réponses de leurs muscles fasciaux étaient complètement inexistantes.

On sait que c’est en imitant inconsciemment les émotions des autres qu’on les éprouve suffisamment pour les comprendre. Seulement, le manque d’amour dans l’enfance, ainsi que la violence connue au quotidien ont chez ces jeunes, inhibé leur capacité à reconnaître et à différencier les émotions.

On comprend ainsi que même si cette capacité est latente chez tout humain, elle reste le fruit d’une éducation et d’un accompagnement. Les enfants la développant le mieux ont tous été entourés depuis leur plus tendre enfance.

6. Ocytocine et éducation :

Une expérience est aussi menée sur une personne atteinte d’autisme. On sait que les autistes ont une grande difficulté à regarder quelqu’un dans les yeux et qu’ils ont tendance, à la place, à regarder la bouche ou le nez de leur interlocuteur.

Ici en administrant de l’ocytocine (dont ils sont en carence), on constate que l’autiste regarde plus facilement dans les yeux. Le comportement change. Elle semble l’aider à mieux comprendre les situations sociales.

Mais quel effet l’ocytocine a-t’elle sur le cerveau ? Elle semble diminuer le stress et facilite donc le rapprochement des autres et la communication.

Selon Martina Ardizzi, docteur en neurosciences à l’Université de Parme, en Italie, c’est bien parce qu’il y a un accompagnement à l’empathie qu’elle se développe.

Par exemple dans le cas de la collaboration, on sait qu’une empathie de forme assez complexe est nécessaire. Elle s’acquiert avec l’éducation.

Entre deux enfants de 3 ans 1/2 qui collaborent, une inégalité entre les deux est créée. Par empathie, l’enfant favorisé donnera un peu seulement de ce qu’il a de plus à son congénère. Mais avec deux enfants de 5 ans, alors que la même expérience est réalisée, les enfants reviennent à l’équité. Ils partagent de manière équitable. Ici la notion de justice est importante, même pour celui à qui ont en a donné le plus.

Collaborer en tenant compte des autres découle d’une éducation et différencie les humains des grands singes, qui n’en sont pas capables. Une expérience à l’appui prouve à nouveau que ces derniers ne tiennent pas compte des besoins de leurs congénères.

La notion d’appartenance au groupe est aussi ici très importante. Une expérience de plus le prouve. En effet une tendance bien générale tend à démontrer qu’on donne la priorité au groupe auquel on appartient.

De nos jours et après toutes ces découvertes confirmées par la science, il est important d’envisager l’empathie dans la capacité qu’elle nous donne de nous entraider, de collaborer de manière globale et avec le plus grand nombre.

Pour conclure, ce beau documentaire nous rappelle qu’en grandissant, notre empathie évolue. Et que l’étendre au maximum à l’humanité est sans aucun doute la meilleure façon de la préserver. Et de préserver l’humanité de ses dérives les plus sombres.

N’oublions pas que sans elle, l’humanité ne peut pas réellement évoluer. Rappel également utile du fait que de tous temps, notre soucis de protéger nos petits et les nôtres ont permis la survivance de notre espèce. Aujourd’hui, aux vues des problématiques que nous rencontrons, c’est bien par notre capacité à collaborer pour le bien-être de tous que la survivance sera possible.

Et c’est par l’empathie que les choses, seront possibles, ou pas.

J’ai personnellement beaucoup appris sur le sujet en regardant ce documentaire que je vous recommande vivement !

Au plaisir de vous lire : n’hésitez pas à commenter !

A bientôt.

 

 

 

 

 

 

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2 Comments

  1. Bonjour Alix, et merci pour se très bel articles, très intéressant !
    Je ne savais pas que les primates jouaient seuls et que le partage est spécifique à l’être humain, étrange… Je pense aux chatons qui jouent ensemble, ou aux lionceaux, mais bien sûr, ce ne sont pas des primates…!
    Je n’ai pas trouvé le lien vers le documentaire en question, serait-il possible de l’avoir ?
    Il doit être instructif à regarder !

    1. Bonjour Kristine !
      Merci pour votre commentaire. Il était question de jouer avec un objet, ce que les primates ne savent pas partager. Ils se désintéressent très vite de l’action s’ils ne sont pas eux-mêmes en possession de cet objet. J’ai regardé le documentaire sur Prime Vidéo, je crois savoir qu’il a été diffusé sur France 5, mais je n’ai malheureusement aucun lien à vous proposer pour le visionner… Peut-être pourrez vous le trouver en le cherchant sur internet ou sur un replay de chaine télévisée, il est effectivement très bien fait et instructif à regarder. Au plaisir de vous lire !

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