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InnSæi, le pouvoir de l’intuition.

Pour ma seconde chronique de documentaire, en voici une bien à propos…

Je me suis fait plaisir en regardant sur Netflix “InnSæi, le pouvoir de l’intuition”, réalisé en 2016 par Kristin Olafsdottir et Hrund Gunnsteinsdottir, produit par Klikk productions, en co-production avec Zeitgeist Films, Metfilm, Icelandic Film Centre et co-financé par l’Union Européenne ☺️ ! On avance !

Le pitch est alléchant : “d’éminents penseurs et spiritualistes débattent du concept islandais de l’innsæi, notre monde intérieur, d’où naissent entre autres l’empathie et l’intuition”.

On est en plein dans le sujet, c’est parti 😉 !

Réussite professionnelle, burn-out et retour vers l’intuition :

La narratrice Hrund Gunnsteinsdottir, islandaise, a grandi pendant les années 80. Elle a connu les cassettes, les vinyls. Le doc commence avec une référence à son enfance, à son imaginaire. Elle travaille aux Nations Unies. Comme elle le dit « le monde lui appartient », mais d’un coup, tout s’effondre. 

Marina Abramovic, artiste ayant fait des « events » au Museum of Modern Art (MoMa) de New-York fait référence au fait que tant de gens vivent dans leur tête. Sans prêter attention à leurs émotions. C’est pour elle le signe que quelque chose va vraiment mal dans le monde actuel.

Revenons à Hrund, qui partit à 27 ans au Kosovo travailler pour les Nations Unies sur le vaste sujet du droit des femmes. Elle découvrit les horreurs de la guerre. Ne connaissant pas ses propres limites, elle ne sut comment gérer toute la détresse et les traumatismes auxquels elle assistait. Elle étouffait alors ses propres émotions, se mettait la pression pour faire encore et toujours mieux. Elle témoigne du fait que si on lui avait dit qu’à cette époque elle ne vivait que dans sa tête sans tenir compte de ses émotions, elle n’aurait probablement pas écouté. Ne sachant pas du tout de quoi il était question.

Elle était pourtant tellement déconnectée d’elle-même qu’elle a été obligée de changer son point de vue.

Alors qu’elle voyageait du Kosovo au Kazakhstan, elle sentit une douleur atroce et se mit à saigner. Elle ne s’en préoccupa pas plus que ça, prit des anti-douleurs et continua à travailler. Mais elle avait fait une fausse-couche… Et était tellement déconnectée d’elle-même qu’elle ne l’avait pas compris à l’époque.

Elle pense que cela aurait dû être une prise de conscience. Mais elle continua à se pousser au travail. Elle obtint suite à cela un poste à vie à l’ONU. Elle atteignait son rêve ! Mais alors qu’elle aurait dû en être ravie, elle ne l’était pas…

Elle se sentait comme un zombie, une morte-vivante, étrangère à sa propre vie. Avec l’impression que l’ONU était bien trop administratif et déconnecté des réalités des gens qu’elle était sensée aider et comprendre. Elle commençait, à seulement 29 ans, à se demander ce qu’elle ferait lors de sa retraite… Elle finit par faire un burn-out… Comme tant de gens de nos jours.

Sentiment de manquer d’air, de ne plus pouvoir respirer… Elle démissionna, appréhendant fortement ce qui l’attendait ensuite. Mais ce ne fut finalement pas si mal…

Elle s’associa avec son amie Kristin, réalisatrice, et elles commencèrent leur « voyage » avec une question importante :  ” vivons-nous dans nos têtes et pas avec nos émotions ? “… ” Et si oui, en quoi cela affecte-t’il nos vies ? “…

Elles allèrent chercher des réponses à l’Université de Harvard, à Boston.

Prise de conscience, premier pas de reconnexion à l’intuition :

Selon Bill George, prof à Harvard, nous sommes des êtres complexes (corps, âme et esprit). Lorsqu’on est sous pression, on a tendance à se focaliser sur notre esprit rationnel et à se fermer.

Si on ne s’autorise pas à regarder à l’intérieur de nous mêmes on ne peut pas laisser notre intuition s’exprimer. Selon lui, au plus haut niveau, toutes les décisions prises sont intuitives. Comme il le dit, si ça n’était pas le cas on laisserait le travail à des ordinateurs et on aurait toutes les réponses.

D’après lui, depuis 20 ans, la pensée rationnelle domine partout, (institutions académiques, médias,…) et elle nous empêche de vraiment progresser dans le domaine de l’intuition. J’ai envie d’ajouter qu’on vit dans un monde de “cerveaux gauches”, et bien trop “Yang” comme l’expliquerait la Médecine Tradionnelle Chinoise.

Bill George pense que nous en sommes à un point de prise de conscience où nous comprenons que nous avons besoin d’aborder les problèmes avec une toute nouvelle approche. « Un des grands défis du monde des affaires actuel, c’est qu’en utilisant uniquement notre côté rationnel, en concentrant tout sur les mesures à court terme et les outils analytiques, nous avons enrayé ou effacé la créativité des entreprises. Enormément d’argent est gâché, on pense qu’en travaillant plus on accompli plus de travail, on se perd dans les chiffres et la logique sans se donner la chance de faire marche arrière ».

Hrund explique qu’il aura fallu qu’elle en arrive au burn-out pour remettre en question sa vision des choses. Elle dit que ça la rend nerveuse de devoir laisser son intuition s’exprimer car ses études académiques lui ont appris à ne pas s’y fier…

Intuiter, c’est d’abord sortir des conditionnements :

Sortir des conditionnements pour retrouver la voie de l’intuition…

Elle rencontre Iris Bohnet de la Harvard Kennedy School, qui allie économie et psychologie pour mieux saisir comment nous prenons des décisions de manière intuitive. « L’intuition est-elle fiable ? » elle répond que nous sommes conditionnés par ce que nous voyons en premier lieu. Vision ou regard souvent eux-mêmes influencés par la société qui nous entoure. Etant conditionné, il est dur de se fier à sa première impression. Nos préjugés nous en empêchent. 

Hrund rencontre l’auteur Iain McGilchrist, psychiatre et auteur de ” Le Maître et son émissaire ” , ouvrage dont le sujet est le cerveau gauche, sa domination du monde actuel, du monde occidental (et voilà on y vient)…

Selon lui, on a perdu ce besoin de comprendre ce que signifie les choses. La sagesse a été remplacée par la connaissance. La connaissance par l’information, par des fragments de données.

Il est dur de trouver de la cohésion dans un monde de plus en plus fragmenté. Et par conséquent, j’ajouterais qu’il est dur de trouver du sens.

Toujours selon Iain, pour des raisons d’évolution, nous avons dû nous occuper du monde de deux façons différentes. D’un côté nous avons besoin de nous y identifier dans son ensemble, mais en même temps de le manipuler. Ces deux approches sont nécessaires. L’une ouverte, vigilante, durable, faisant le lien entre les choses. L’autre étroite et concentrée, capable de focaliser. Ce serait les différences principales entre les hémisphères gauche et droit du cerveau. La vision étroite et pointilleuse du cerveau gauche a pris le dessus, et on a commencé à croire que c’est la seule façon de voir le monde… On se rend pourtant de plus en plus compte qu’on ne peut pas se passer d’envisager les choses de manière plus globale.

Point de vue intéressant.

Il serait plus facile de rééduquer quelqu’un ayant subi une attaque du cerveau gauche qu’une attaque du cerveau droit.

L’intuition, fruit du cerveau droit ?

L’intuition, en lien avec les capacités de l’hémisphère droit du cerveau ?

Toujours d’après Bill George, utiliser son intuition active l’ensemble du cerveau. Le cerveau gauche est le côté logique. L’intuition serait le fruit de l’expérience, stocké dans l’hémisphère gauche, mais laissant part à la créativité, fruit du cerveau droit. C’est aussi la capacité à analyser nombre de pensées différentes puis à les assembler d’une nouvelle façon. Ça serait de là que viennent les grandes idées et grandes décisions.

Selon Marti Spiegelman (chaman et coach de spiritualité), aller se poser dans la nature pendant cinq minutes pour en faire l’expérience, et profiter du moment avec ses cinq sens sans réfléchir est très compliqué pour la plupart des gens du monde moderne. On cherche sans cesse les choses en dehors de nous-même alors que tout ce qui compte c’est être dans la conscience de ce qui se passe ici et maintenant, c’est TOUT. Selon elle, les gens du monde moderne ne sont plus en contact avec leur intuition. Avec comment on sait les choses. Nous avons laissé dériver notre conscience du monde naturel nous entourant, à celui que nous avons créé. Celui des cartes (routières, géographiques, petite précision ;-)), des délais, des stratégies, des échéances, etc… Nous en avons oublié comment être conscient du monde qui nous entoure, comment  prêter attention aux données sensorielles.

Selon les neurosciences, 98% de notre cerveau (qui fait environ 1,3 kg) n’utilise ni le langage, ni la logique, la croyance ou la stratégie. Il les crée pour nous mais ne les utilise pas. Les 2% restant reçoivent ce que créent les 98 autres, et se déploient dans le monde sous forme d’actions. C’est ce que les neuroscientifiques appellent l’esprit relationnel. Comme son nom l’indique,  il est en relation, il crée des liens entre des bouts de données. Les 2% restant sont l’esprit linéaire. 2% de 1,3 kg = 27 grammes… Soient deux cuillères à café de tissu cérébral… C’est vrai que vu sous cet angle… On comprend tout de suite mieux les limites du monde dans lequel nous vivons…

L’intuition, liée à la conscience ? :

Pour développer l’intuition Marti conseille de commencer avec des petits exercices visant à ramener de la conscience dans l’intelligence sensorielle. Comment ressent-on personnellement le monde qui nous entoure ?

Les Polynésiens on réussi à cartographier tout l’océan pacifique sans outil, parce qu’ils « écoutaient » l’océan. Ils étaient totalement connectés par le biais de leurs sens. Ils ont même su passer ce savoir sur huit générations sans oublier le moindre détail. Pour réaliser de telles choses, il faut avoir une grande conscience du monde autour de nous. On ne peut et / ou on ne sait plus le faire.

Hrund voulu en savoir plus sur ces Polynésiens. Elle rencontre l’écologiste Enric Sala qui quitta l’université pour s’adonner à sa passion : explorer les fonds marins (explorateur du National Geographic). Il est allé dans des endroits très reculés et inexplorés, qui montrent comment était l’océan il y a 500 ans. Il pense qu’y avoir passé autant de temps d’observation lui a permis de développer son intuition. Il admire lui aussi les navigateurs polynésiens, dotés d’une grande intuition et connaissance de la mer, où ils se dirigeaient en improvisant. Ils savaient observer leur environnement et en décoder les signes. Ils connaissaient les étoiles. Ils avaient récolté tellement d’informations que cela faisait partie de leur inconscient collectif. C’était il y a des siècles, ils n’avaient ni GPS, ni toute la technologie que nous avons. Ils ont pu réaliser cela en ayant passé beaucoup de temps à côtoyer l’océan.

D’après Hrund, nos cerveaux évolueraient constamment en fonction de ce que l’on ressent, ce qu’on vit. Cela affecte notre façon de construire notre savoir.

De nos jours on est constamment bombardés d’informations et de distractions. On vit rarement en connexion avec la nature autour de nous.

D’après Iain, l’intuition n’est pas un sentiment tout doux et rose (je confirme). Elle est la conscience des choses subtiles existant en dehors de notre centre d’attention. On en a conscience de manière subliminale, inconsciente. Quand on passe trop de temps dans le mental, on ne tient pas forcément compte de ces choses qui nous parviennent. Elles semblent se fonder sur du vide, pourquoi les considérer ? Alors on agit sans s’en préoccuper.

Ceci dit, très peu de nos processus mentaux sont conscients. Entre 95 et 99% ne le sont pas du tout. Ils agissent pour prévenir notre esprit conscient, assez lent, de choses dont il est totalement inconscient.

L’intuition a conscience de nombreux processus subliminaux et inconscients. Ne pas l’écouter est bien dommage.

L’intuition intrigue les scientifiques 🤓 :

San Francisco. Nous faisons la connaissance de Tan Le, créatrice et directrice d’Emotiv.

Pour elle, l’intuition n’a jamais été tellement étudiée. Ces dernières décennies, on a tenté de l’expliquer et de la quantifier. Mais nous en sommes aux prémisses de la compréhension des grandes bases de son fonctionnement.

Nous avons des centaines de neurones dans notre ventre qui influent sur les décisions que nous prenons (cf. le documentaire “L’intestin notre deuxième cerveau”)… Toutes ces fois où nous avons un noeud à l’estomac ou des papillons dans le ventre… Qu’est-ce que ces sensations veulent dire ? Pouvons-nous leur faire confiance ?

Marina Abramovic a battu des records de visites au Musem of Modern Art de New-York (pour l’exposition “The Artist is Present”). Les gens faisaient la queue et ont même dormi dehors pour pouvoir s’asseoir en face d’elle et la regarder dans les yeux…

« Ma fonction était d’être présente à 100% pour eux. Pour réaliser cela, la respiration est très importante. Dès qu’on respire trop vite, la concentration est moindre. Mais si on respire en rythme et doucement, on peut atteindre cet état d’esprit du moment. Et ça peut vous connecter à la personne en face de vous. Ça peut rendre possible la communication non-verbale ». Cette artiste parle de l’énergie positive ou négative dans laquelle sont les gens. De la peine immense que certaines personnes peuvent ressentir et qu’elles projettent sur elle; qu’elle peut donc ressentir. « J’étais juste leur miroir ».

Elle explique que les gens attendent en faisant la queue pour venir s’asseoir en face d’elle. Que ça fait partie du processus. On est assis, filmé. Les personnes qui patientent tout autour regardent, elles aussi. Face à Marina, elle plante ses yeux dans les nôtres. Tout ceci fait qu’on ne peut plus échapper à ce qu’on est, à qui on est. Être avec soi-même : ce que nombre d’entre nous évite toute sa vie…

Elle pense que le succès de son oeuvre est essentiellement lié au fait qu’elle est non-verbale. Il n’y a pas d’explication donnée aux émotions, on les ressent directement.

Les scientifiques américains se sont intéressés à son cas. Ils lui ont demandé si elle voulait faire une expérience d’un an aux USA. Plus tard ce furent les Russes. En découla un symposium de recherches sur son cerveau. Assise face à différentes personnes, on mesure les ondes circulant de son  cerveau à celui de l’autre. Quel genre d’information chaque encéphale envoie à l’autre ? La communication se ferait ici à un niveau subconscient.

On peut aujourd’hui visualiser de mieux en mieux quelles zones et quels types de neurones se synchronisent ou se désynchronisent. En fonction des différentes choses que nous faisons. Quand deux personnes ont le même type d’oscillations, c’est la neuro-synchronie. On peut à présent le voir en imagerie, en temps réel.

Par exemple, les couples qui vivent ensemble depuis des décennies. Qui sont encore très en phase l’un avec l’autre. On les prend dans deux pièces différentes en leur demandant de se souvenir d’évènements similaires : leurs cerveaux activent des réseaux identiques. Les deux cerveaux agissent de concert lorsqu’ils se rappellent des mêmes types d’activités ou d’expériences. Ce qui suggère qu’ils sont très connectés l’un avec l’autre. Un peu comme « être sur la même longueur d’ondes ».

Intuition et lâcher-prise :

La relation est faite entre le travail de l’artiste et celui du scientifique. Lorsqu’ils restent pendant des heures à chercher la découverte ou la création artistique qui révolutionnera leurs vies… Que rien ne vient… Qu’ils sortent ou partent alors dessiner, marcher dans la nature ou faire tout autre chose et que là : l’étincelle surgit !

Marina Abramovic pense qu’il faut se donner à 100% dans ce qu’on fait. Puis lâcher-prise, car on ne peut pas faire plus… Alors les choses se produisent d’elles-mêmes. D’après elle c’est là qu’intervient l’intuition. Toutes les grandes découvertes, quelqu’en soit le domaine, viennent de ce moment où on ne s’y attend plus. Pas quand on y travaille.

Elle se réfère à Christophe Colomb, partit découvrir l’Inde en pensant que la terre était plate… Que s’il en tombait il irait directement en enfer… Terrifiant ! Pourtant armé de son courage, il s’est quand même lancé dans l’inconnu total.

Pour elle oser aller vers l’inconnu est la règle numéro un absolue.

Il faut faire des choses qu’on n’a pas l’habitude de faire, pour changer. Ne pas avoir peur d’échouer. L’échec et son acceptation serait une part très importante du processus.

Nature et intuition :

L’intuition a besoin de notre considération pour la nature et l’environnement..

 

 

On revient ensuite à Hrund et sa démission de l’ONU. Elle explique que suite à cela, ne sachant pas ce qu’il adviendrait de sa vie, elle trouva beaucoup de réconfort au coeur de la nature.

D’après les Dagara d’Afrique de l’Ouest, cinq sens nous ont été donnés pour nous permettre d’avoir différentes vues sur le monde. Et cela en même temps, tout le temps. Nous sommes en relation avec le monde de plein de manières différentes constamment. On absorbe énormément de données liées entre elles sans en être jamais désorienté.

D’après Malidoma Somé, ainé des Dagara et auteur,  la terre mère est le symbole du ventre qui nourrit, donne vie et vitalité à tous ceux qui y vivent. 

D’après lui la nature est le témoin silencieux de l’intuition.

La nature parle tous les langages. Elle est intéressée par l’oeil et l’oreille intérieurs. La capacité profonde à donner du sens à quelque chose que la conscience externe pourrait voir comme chaotique. Sans la nature il ne sait pas comment on peut raviver son intuition.

Il se demande où nous en serions si les occidentaux donnait un peu plus de crédit à leur intuition. Et que celle-ci permette la connexion entre le passé, le présent et le futur.

Pour lui ce qui affecte notre connexion au monde est le bruit, beaucoup de bruit. La distraction qu’on appelle le divertissement.

On ne vit plus le moment présent, on s’en distrait, on s’en extrait. « Le bruit du monde extérieur assourdit celui du monde intérieur ». Notre intuition en paye le prix.

Nos cerveaux sont connectés au monde qui nous entoure…

Non-respect de la part féminine de l’existence et déconnexion de l’intuition :

Respecter le féminin en soi, la féminité de la vie, c’est donner une chance à son intuition d’éclore…

Est évoquée la violence des médias et celle des jeux vidéos auxquels de nombreux enfants, adolescents et adultes s’adonnent (par exemple GTA). Est aussi fait le parallèle entre la normalisation de la violence faite aux femmes dans ce jeu, et celles faites à leur encontre au sein de la société. A ces personnes qui assistent à des viols en réunion et qui ne font rien si ce n’est regarder…

La violence faite aux femmes est-elle aussi le signe de notre déconnexion de l’intuition ? Pour Malidoma c’est une évidence. Il met en relation la déconnexion de la terre, notre mère, et son non-respect, avec le manque de respect pour les femmes. Ça se traduit par un manque de respect pour notre part féminine. Il dit : « jusqu’où peut-on aller en violant la mère qui nous a donné la vie ? ». Tant que le féminin sera rabaissé,  le lien entre la terre et nous sera toujours souligné par un gros point d’interrogation.

On a tellement abusé la terre qu’on ne sait plus quelle direction prendre. Pour lui cette masculinité grandissante se traduit par la violence et l’amour de la violence.

D’après Daniel Shapiro (spécialisé dans la résolution de conflits et la négociation, directeur du programme de négociation internationale à Harvard), on communique différemment avec les gens en s’appuyant sur l’intuition, les émotions et la rationalité. Plutôt qu’en voyant le monde comme politique, où seul le pouvoir compte. Un pouvoir exclu d’émotions et d’êtres humains.

On axe essentiellement l’éducation des enfants sur les maths, les sciences, le langage… Mais pour pouvoir agir et interagir dans ce monde de manière appropriée, cela demande certaines capacités. Comme comprendre ce que les autres ressentent, ce qu’on ressent soi-même. C’est là la part d’intuition. Il pense que cela devrait être enseigné à l’école. Je suis tout à fait d’accord avec lui !

A Londres, à l’école Addison, des écoliers de huit ans reçoivent un cours sur ce qu’est l’empathie. On leur explique en quoi elle consiste. Ils sont capables d’expliquer ce qu’elle est, à quoi elle sert. On leur apprend aussi la pleine conscience. À se mettre à la place de quelqu’un d’autre. La différence entre un comportement conscient et inconscient.

Cet apprentissage s’appelle MindUp. Il combine celui de la pleine conscience avec la science. Ceci afin de développer les capacités émotionnelles des enfants et les aider à faire face à notre monde. On leur enseigne le fonctionnement du cerveau. Ils savent déjà que l’amygdale est la partie émotionnelle du cerveau (aussi appelée “chien de garde”, car elle nous prévient du danger). Que le cortex préfrontal (alias “le hibou sage”) permet d’apprendre, de prendre les bonnes décisions. Et à être une meilleure personne, très calme. Que la colère paralyse le fonctionnement du cerveau. Trois fois par jour ils font des « brain breaks » (pauses cerveau). Shyloh, huit ans, explique que “ça aide quand on est énervé pour x ou y raisons”, car il sait maintenant réagir de manière adaptée. D’après la maîtresse certains élèves ont vraiment avancé dans la démarche, plus conscients de ce et ceux qui les entourent, s’énervant beaucoup moins (voire plus du tout), apprenant à gérer leurs émotions dès le plus jeune âge.

L’hippocampe est le siège de la mémoire et garde tous nos souvenirs. Sans elle on serait pessimiste, elle permet d’être optimiste. Shyloh est fier, il témoigne de sa progression sur un plan scolaire et dans ses compétences grâce à ces nouvelles compétence acquises.

Il est fait état du manque d’empathie et de la violence de certain(e)s… Notamment lors du cas dramatique de Richmond, USA, où une adolescente de quinze ans a été violée et battue en réunion devant des gens qui n’ont pas fait le moindre geste pour l’aider. Un présentateur télé questionne : « où est la spiritualité, où est la compassion de ceux qui regardèrent sans rien faire ? »…

D’après l’ainé des Dagara, notre déconnexion de la Terre se traduit par un grand manque de respect de la part féminine de l’existence… Donc des femmes et de la féminité en général… Sans oublier le manque total de liberté qu’elles vivent dans certains pays… Et la violence extrême qu’elles subissent dès qu’elles essaient de faire valoir leurs droits…

Malheureusement assez d’accord avec ce triste constat…

L’intuition, ça se travaille et se développe :

D’après le 1er prof de Harvard, pour accroître son intuition il faut faire des exercices tous les jours. La pleine conscience permet aux petites choses sans importance de s’en aller. Ce qui reste à la fin est une vision claire du monde.

La nature augmente le sentiment d’appartenance et de bonheur.

Shiloh apprend à son père des techniques de gestion de la colère lui permettant de se sentir meilleur et mieux . Il a même appris à présenter des excuses (le papa) !

De nombreux pays mettent en place un mode éducatif alternatif pour les enfants. L’Islande, la Grande-Bretagne, Bali, l’Inde…

Jonathan Harris, auteur, explique que tout est en évolution constante. Le changement est permanent et fait intimement partie de nous. Prochainement, l’humain fusionnera avec les machines. La façon dont nous nous positionnons face à ce mouvement permanent induit ce qui se produira. Nous pouvons être comme des artistes, des créateurs de ces changements, en exprimant, en apportant quelque chose au monde. Lorsque d’autres commencent à y croire, à y adhérer, ça lui donne plus de chances de se produire, d’exister, de perdurer.

De nombreuses personnes, dont la vision du monde est basée sur la peur, instillent dans la société une vision faussée des choses. Par le biais des médias par exemple. Elles influencent ce monde dans la négativité. On peut choisir de croire cette vision du futur (crise financière, division des peuples, horreurs diverses et variées…) ou d’en choisir une autre. Il pense que c’est important de sensibiliser un maximum de gens à croire en une vision différente.

Il est ensuite fait référence au fait d’imaginer un moment que nous sommes fait de deux rythmes : l’inspiration et  l’expiration. A la complémentarité des choses.

On apprend à se conformer au monde extérieur alors qu’il faut l’appréhender en partant de l’intérieur. De ce que nous sommes profondément.

InnSæi, une manière sensée de nommer l’intuition :

À travers ce “voyage”, Hrund a retrouvé le lien qui lui manquait.

InnSaei, mot islandais, signifie :

– la mer intérieure

– voir l’intérieur, voir « dans »…

– voir de l’intérieur vers l’extérieur.

La mer intérieure est la nature sans limite nous habitant intérieurement. Elle est en mouvement permanent. Telle l’impermanence de la vie.

Elle est au-delà des mots. C’est un monde de visions, d’émotions, d’imagination. Elle ne peut pas être rangée dans des cases, dans des boîtes, parce qu’alors elle cesserait de couler, de circuler.

Voir de l’intérieur, c’est se connaître suffisamment pour être capable de se mettre dans la peau de l’autre. Faire émerger le meilleur à l’intérieur de soi.

D’après l’aîné des Dagara, le but, l’objectif est le fondement de la vie humaine dans ce plan de vie. Il supprime le hasard, la caractère aléatoire de la vie. Et en faisant cela il fournit une certaine forme de sens plus profond, de reconnaissance de l’être humain en tant que tel.

Et d’une certaine façon il sert à garder l’intuition vivante. 

Car si j’ai un but, ça n’est pas quelqu’un d’autre, ça n’est pas l’école qui m’a dit que je l’avais. C’est le monde entier qui me regarde en tant qu’entité pleine d’une intention.

Ce que nous vivons, ce dont nous faisons l’expérience a une réponse au plus profond de nos os. Si nous pouvions nous éloigner momentanément de la distraction du monde extérieur, on trouverait qu’il y a des réponses subtiles susurrées à notre oreille intérieure et transportées par nos canaux intuitifs. Je dois donc me tourner vers mon intériorité pour activer mon intuition. Afin qu’elle puisse énoncer, préciser ce but pour moi.

Daniel Shapiro : ” notre monde a un long chemin à faire pour être capable de réellement adopter, accepter, ce mouvement grandissant de l’intuition. Elle n’est pas douce à reconnaître, c’est difficile, c’est aussi dur que les maths, l’économie…”

Innsaei veut dire voir de l’intérieur vers l’extérieur, ce qui veut dire avoir une forte boussole intérieure qui te permet de naviguer à ta façon dans un monde en changement permanent, en constante évolution.

La pratique de la pleine-conscience et la nature nous aide à entrer en contact avec l’intuition.

Wangari Maathai, Kenyane visionnaire a reçu le prix Nobel de la paix en 2004 pour le simple fait d’avoir planté des arbres. Planter des arbres aux racines profondes crée des changements sociaux et politiques dans son pays.

Peut-être que son plus grand leg est de nous enseigner à tous qu’en prêtant attention à nos propres racines, profondément ancrées dans l’inconnu, dans la terre, dans nos propres âmes, nous pouvons alors permettre à l’écosystème et aux individus de prospérer, de s’épanouir.

***

J’ai beaucoup apprécié ce documentaire, richement illustré de nombreux témoignages de personnes semblant assez pointues dans leurs domaines : ça fait plaisir !

Et oui, comme Hrund, il faut parfois passer par des expériences de vie bouleversantes. Afin de remettre en cause notre façon de penser, de nous comporter. Pour comprendre que ce qu’on peut passer une vie entière à chercher à l’extérieur est en fait logé au coeur de soi…

Il n’est jamais trop tard pour cela. Un nouveau départ est toujours possible. Tant que notre libre arbitre nous en laisse la possibilité. Retrouver du sens. Redonner du sens. Retrouver ses sens et les canaliser dans la bonne direction. Celle qui nous rend plus humain.

Je crois profondément en la prise de conscience et en l’évolution. Rien n’est jamais figé. L’impermanence de tout ce qui existe nous le prouve. C’est à la fois effrayant, réjouissant et fascinant. Et de toute façon autant accepter ce sur quoi nous n’avons pas de prise, ça permet d’avancer plus léger ! Et de rester concentré sur l’essentiel.

Et toi as-tu eu l’occasion de voir ce documentaire ? Qu’en penses-tu ? N’hésites pas à m’en dire plus sur ta vision dans les commentaires 😉

À bientôt !

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